Le scénario

Court-métrage

ELLE HACHE !

 Scénario Max Obione

Durée : 10 mn

Pitch :

Chômeuse en fin de droit, Josette habite dans sa voiture. Elle écoute la radio. Des discours la mettent en colère.

Synopsis :

Josette, une femme la cinquantaine passée, chômeuse en fin de droit, expulsée de son logement, seule, en grande détresse sociale et affective, vit dans sa voiture en compagnie de son chat et d’une poule. Elle affûte une hachette pour couper le cou à cette dernière afin d’améliorer son ordinaire. Pour se distraire elle écoute la radio riche en discours politiques de toute sorte qui l’indisposent. L’un de ceux-ci va créée un déclic et déclencher sa folie meurtrière : elle va hacher ! A l’aveugle ! Ça va saigner !

Traitement :

  1. Générique sur l’air de Penelope chanté par Bertin Osborne.
  2. Le Havre. De nuit. Quelque part dans une rue. Une voiture en stationnement.
  3. Dans la voiture. (toujours sur Penelope) Faible éclairage. Josette est emmitouflée dans des frusques informes. Elle est coiffée d’une sorte de turban. Elle souffle dans ses mains pour les réchauffer. On voit qu’elle élève une poule dans une cage. On entend des miaulements. Josette cherche son chat dans son désordre accumulé, l’appelle. Elle trouve un paquet de croquettes. Elle le secoue. Le chat qui se nomme Krasucki apparaît. Elle lui donne des croquettes. Elle donne des miettes à sa poule dénommée La Picote. Elle parle à Krasucki au sujet de ses « besoins ». Elle goûte une croquette, puis deux. Elle apprécie.
  4. Elle prend sa radio ayant assez de la romance sirupeuse, elle cherche une autre station. Elle tombe sur un discours d’un leader de droite qui explique que l’assistanat, c’est un cancer. Elle fait des réflexions. Elle tombe plus loin sur les cours de la bourse et sur un commentaire sur la distribution des dividendes.
  5. On cogne à sa vitre. Elle râle qu’on la dérange. Elle descend la vitre. Une personne vient lui apporter une baguette de pain, le journal de la veille et un bol de soupe chaude. Dialogues, réflexions. Elle redonne à la personne un bouquin qu’elle a lu, elle en demande un autre plus rigolo.
  6. Josette referme la vitre, elle retourne à ses occupations, elle prend un miroir et tente de coiffer ses cheveux hirsutes. Elle se fout de sa déchéance. Elle se passe du rouge à lèvres, Elle cherche encore une station et tombe sur un autre discours. Elle sort une hache qu’elle planquait dans son bazar et commence à l’affûter avec une pierre d’affûtage. Elle s’adresse à La Picote lui annonçant qu’elle va bientôt passer à la casserole.
  7. On cogne encore à la vitre. Elle la baisse et on voit le visage d’un flic en uniforme, dehors un véhicule avec gyrophare. Le flic donne un dernier avertissement : il faut dégager sinon, c’est la fourrière au petit matin. Josette explique qu’elle n’a plus de batterie. Le flic s’en retourne. Elle remonte la vitre et s’adresse à Krasucki.
  8. Elle reprend l’affûtage. La radio continue à débiter un discours réactionnaire « antipauvres ». Un rictus de colère apparaît sur le visage de Josette. Elle est épuisée, elle hurle sa haine, sa détresse. La radio débite toujours un discours qui la blesse.
  9. Elle sort, la hachette à la main, et commence une déambulation nocturne dans les rues désertes. Sur le pont du bassin du commerce.
  10. Soudain elle aperçoit un couple riant qui exprime un bonheur qui lui est refusé, elle fonce sur lui, la hachette en l’air pour l’agresser. Arrêt sur image (visage halluciné de Josette brandissant la hache au-dessus de sa tête).
  11. Sur le générique de fin, bruit de sirènes de la police. Avec une citation si possible.

 

Scénario

  1. Extérieur nuit. Le Havre. Vues en plongée des grandes artères vides de la

En surimpression sur l’air de Penelope :

« Les films du Gabelou »

« présentent »

Elle hache !

« Un film de Max Obione »

  1. Extérieur nuit. Le Havre. Quelque part dans une rue. Une voiture en stationnement.
  1. Intérieur nuit. Dans la voiture. (toujours sur rengaine sirop) Éclairage faible, genre clair obscur. Josette est emmitouflée dans des frusques informes. Elle porte des mitaines. Elle coiffée d’une sorte de turban mal assuré. Elle souffle dans ses mains pour les réchauffer. Dans un coin de la voiture, suspendue au plafond pend une cage dans laquelle une poule séjourne. On entend des miaulements (postsynchro).

Josette cherche son chat dans son désordre accumulé, l’appelle.

Josette :

Krakra, susu, kiki, où qu’il est mon petit salaud ?

Elle trouve un paquet de croquettes. Elle le secoue. Le chat apparaît. Elle lui donne des croquettes dans sa main.

Tiens, mon goulu, c’est des bonnes celles-ci… tu vas chier gras mon cochon… et ta merde, c’est dehors, t’as pigé, hein, Krasucki ? (Elle goûte une croquette)Tu demandes, c’est pas sorcier, non ?

Puis une autre. Elle apprécie.

Ça vient pas de chez Fauchon, mais au moins avec ça on meurt pas la gueule ouverte ! (Elle se tourne vers la cage à poule) J’allais t’oublier La Picote, (éventuellement elle sort la poule de son carton) t’en veux aussi, t’en a marre du pain rassis, je comprends, tiens, t’as droit aussi à la régalade. (éventuellement elle replace la poule dans son carton)

Elle dépose des petits morceaux de croquette dans la cage, La Picote picore instantanément.

Plus t’es goulue, plus t’es appétissante ! C’est triste à dire, mais faut pas que tu rêves, ma poule !

Elle prend sa radio portative ayant assez de la romance sirupeuse, roule la molette pour trouver une autre station, elle reprend l’air sur le ton de la dérision :

« Penelope », dégage ! (en fonction de la chanson retenue)

 Gros plan sur la radio, en évidence le doigt sur la molette, recherche de stations

Plan d’ensemble. En cherchant une autre station. Elle tombe sur un discours politique :

« L’assistanat est un véritable cancer de la société, quand on paye plus un chômeur, qui bénéficie des tas de prestations, que le brave ouvrier qui touche le SMIC, on peut dire que le système marche sur la tête… (applaudissements) Il faut que les bénéficiaires du RSA prouvent leur désir de travailler en donnant gratuitement quelques heures par semaine au service de l’intérêt général… (applaudissements) »

En se frottant la gorge comme si elle déglutissait un alcool fort :

Josette :

Argh ! putain, c’est du nectar. Rien que d’entendre ces conneries, je jouis !… Donne-moi du travail, connard ! J’aurai pas besoin de ton aumône !

Gros plan sur la radio. Elle actionne la mollette qui règle les longueurs d’onde
et tombe plus loin sur les cours de la bourse et sur un commentaire concernant la distribution des dividendes. Puis plan d’ensemble.

« Le CAC 40 termine aujourd’hui à la hausse, une hausse de 2.8 % qui marque une orientation haussière, manifestement en raccord avec la distribution des 84 milliards d’Euros distribués cet exercice aux actionnaires des sociétés côtés en Bourse… »

Josette, d’un air détaché, les yeux perdus :

Le cours du fumier est à la hausse !

  1. Intérieur nuit. Dans la voiture. On cogne à sa vitre.

Elle râle qu’on la dérange. Elle coupe la radio.

Josette :

Manquait plus que ça !

Elle descend la vitre.

Qu’est-ce que c’est ?

Une dame du quartier pointe son nez. Elle vient lui apporter une baguette de pain, le journal de la veille et un thermos de soupe chaude.

EXTERIEUR > Contrechamp extérieur, la dame penchée à la vitre de la voiture.

Josette :

Ah c’est vous ? Mille excuses !

La dame (tendant la thermos, Josette s’en saisissant) :

Buvez-la, chaude, la soupe. Attention de pas vous brûler.

Josette remplit son bol, referme la thermos et la redonne, commence à boire la soupe :

Ouh là ! C’est chaud.

Elle souffle sur la soupe et commence à la siroter du bout des lèvres.

‘Est bon mais ’est ‘aud !

La dame :

Je vous apporterai des fruits demain.

Josette (continue à super sa soupe) :

Des bananes, c’est bon, ça cale bien la banane.

La dame :

Si vous voulez.

Josette :

Attendez, faut que je vous le rende. (Elle tend un bouquin d’une main, l’autre tenant le bol)

La dame :

Vous en voulez un autre ?

Josette :

Ouais ! Un plus marrant, un polar, quoi ?

Josette finit de boire son bol jusqu’à la dernière goutte.

Ah ! (de satisfaction)

Elle dépose le bol près d’elle.

La dame :

Alors, à demain.

Josette en remontant la vitre.

Au fait, demain justement, j’aurai un poulet à vous donner.

La dame :

Quoi ? pour le cuire ? Votre poule ?

Josette :

Ouais, La Picote elle est à point, elle pète la santé sous ses plumes, si ça vous dit, je lui fais sa fête.

La dame :

D’accord, à demain.

Josette finit de remonter la vitre, la dame disparait :

A demain… (un temps) Sont gentils… Je leur fous la honte, tu le crois pas, hein Krasucki ?

  1. Intérieur nuit. Plan de coupe.Dans la voiture. Josette retourne à ses occupations, elle prend un miroir et passe du rouge sur ses lèvres. Le rouge déborde. Elle se moque de sa déchéance.

Josette :

Miroir, mon beau miroir, …pas de miracle, tu fonctionnes pas, tu me renvoies une tête à faire peur. (un temps, face caméra) C’est ça, leur faire peur… (elle grimace, serre les dents)

  1. Intérieur nuit. Dans la voiture. Gros plan radio. Elle cherche encore une station et tombe sur un autre discours dit par une voix féminine. Puis plan d’ensemble

« Il faut revenir aux fondamentaux de notre civilisation chrétienne à l’aide d’un grand récit national qui exposerait aux jeunes générations pourquoi ils peuvent s’enorgueillir de leur pays, de leurs traditions chrétiennes, de leurs héros qui ont façonné l’histoire, de leur patrie aujourd’hui assaillie par des hordes de migrants parmi lesquels se dissimulent les terroristes. (foule qui scande) On est chez nous ! »

Josette (commentant ce discours) :

C’est ça ma cocotte, fait ton beurre sur la peur de l’autre, oppose bien les pauvres entre eux, et profite, remplis-toi les poches comme les autres !

Elle cherche une autre station, trouve une musique entraînante des Balkans, elle sort une hachette de son bazar :

Y en a qui font des tapisseries, y en a qui tricotent, y en a qui branlent que couic, moi ? J’affûte !

Josette commence à affûter, en rythme, le tranchant de la hachette avec une pierre d’affûtage. Dans l’effort et l’application, elle pointe sa langue entre ses lèvres.

Je veux pas qu’elle souffre La Picote.

Josette regarde de près le fer, elle passe la pointe de l’index sur le tranchant en cillant des yeux, elle apprécie l’ouvrage :

L’important, c’est le fil !… Un carnage, c’est comme un premier rencard d’amour, ça ne s’improvise pas !

  1. Intérieur nuit. Dans la voiture. On cogne encore à la vitre et sur le toit. Elle la baisse et on voit le visage d’un flic qui fait un signe de salut. Contrechamp dehors une voiture avec gyrophare, le flic penché à la vitre baissé de la voiture.

Le flic :

Bonsoir…

Josette (planquant sa hachette et baissant son transistor) :

Je connais la chanson, il veut voir mes papiers, je parie.

Le flic :

Non, excusez de vous déranger encore une fois…

Josette :

Ça commence à bien faire…

Le flic :

Y aura pas d’autre fois, les gens du quartier se plaignent des déjections dans le caniveau, la mairie aussi, c’est le dernier avertissement avant la fourrière. Elle est commandée pour demain matin, vous avez intérêt à dégager.

Josette :

Il peut regarder la roue, à gauche, je suis dégonflée, s’il préfère.

Le flic :

Vous avez une roue de secours…

Josette élude :

Mes batteries sont à plat aussi, je peux pas redémarrer.

Le flic :

Vous n’avez qu’à la pousser !

Josette (tout en remontant vite la vitre) :

Ils ont lâché le comique, ce soir !… Eh ! moi, j’ai douche demain matin…

Josette en s’adressant à Krasucki :

Mon vieux Krasucki, je voudrais être une bête, c’est bien toi le plus heureux !

Elle reprend activement l’affûtage. La radio continue à débiter un discours réactionnaire.

« Le mal de notre pays, c’est qu’on n’y travaille pas assez. Il faut allonger le temps de travail de ceux qui ont déjà un travail pour retrouver le plein emploi… »

Elle stoppe l’affûtage. Un rictus marquant de l’incompréhension ou de l’incrédulité puis virant à la colère apparaît sur le visage de Josette.

Josette (face caméra) :

Si quelqu’un peut m’expliquer ?

La pierre à affûter s’active de nouveau, Josette lime comme une folle. Elle serre les dents. Elle est épuisée, elle est en nage, elle essuie son front. Elle vérifie le fil du tranchant de la hachette.

Josette admirative en détachant les syllabes :

C’est la perfection !… Je suis fin prête !…

Elle s’apprête à ouvrir la cage, quand elle entend à la radio :

 Mes chers compatriotes, vous allez faire mentir tous les sondages, nous allons enfoncer le système qui va des ultragauchistes, des bobos intellos, des communistes au corrompus de la droite, nous allons nettoyer le pays, fermer nos frontières, expulser tous les indésirables, les arabes, les noirs, les juifs, les francs-maçons, oui à la France propre ! (On est chez nous ! On est chez nous)

 Elle suspend son geste, parait abasourdie, elle s’affaire… Josette prépare sa sortie.

Y a pas, faut que ça saigne ! (à l’adresse de son chat) Krasucki, je sais bien ce que tu penses de la révolte individuelle, c’est voué à l’échec, à tous les coups. Mais alors, la révolte collective, c’est pour quand, hein ? On défile, on fait trois tours et on rentre dans nos trous… Alors basta (ou No pasaran), putain de merde, c’est l’heure !
Ce soir, je ratiboise gratis !

Elle enfile sa parka, regarde en direction de la cage,

T’as eu du pot, la Picote !

Elle éteint la lumière.

  1. Extérieur nuit. Une rue. Elle sort de la voiture, la hachette à la main, et commence une déambulation nocturne dans les rues désertes. Elle passe sur le pont du bassin du commerce.
  1. Extérieur nuit. Une rue. Soudain elle aperçoit un couple venant face à elle, riant qui exprime un bonheur qui lui est refusé, elle fonce sur lui, la hachette en l’air pour l’agresser. Arrêt sur image (visage halluciné de Josette brandissant la hachette au-dessus de sa tête). Lancement de la musique de fin.
  1. Extérieur nuit. Générique de fin (fond sonore sirène de voiture de police, voix à la radio, écho d’une intervention)

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